La recette d'une bonne soupe : convivialité, solidarité, éco-responsabilité, santé
Départ en fanfare ! Jean-Marie Pelt a entamé la 3ème fête de la soupe, hier, mercredi 19 octobre 2011, au théâtre municipal devant près de 200 personnes. Durant deux heures, il a magistralement exposé ses conceptions sur l’état de notre monde en s’autorisant des échappées souvent savoureuses. Une conférence intitulée « La Terre en héritage » au cours de laquelle Jean-Marie Pelt a abordé le nécessaire partage des ressources prenant pour exemple les métaux rares indispensables à la conception de nos « engins » électroniques. Il a alors convoqué Robert Schuman et son idée de « dévaluation des frontières ». Européen convaincu, le mosellan Jean-Marie Pelt a défendu une gouvernance mondiale et imaginé une cogestion des ressources rares.
Vie et mort du capitalisme : Jean-Marie Pelt a développé l’idée selon laquelle le succès du communisme et du libéralisme serait consécutif à celui du darwinisme à la fin du 19e siècle. Justifiant la loi du plus fort, le « ôte toi de là que je m’y mette » le darwinisme aurait été rapidement appliqué à l’économie, aboutissant aux considérables écarts de conditions observables aujourd’hui. Regrettant l’élargissement du fossé entre les plus riches et les plus pauvres, proposant une différence maximale d’un coefficient 40, le conférencier a dénoncé les dérives du capitalisme financier, à distinguer du capitalisme entrepreneurial. Il a pronostiqué sa fin prochaine, s’appuyant sur la disparition inattendue du communisme il y a une vingtaine d’années, et a proposé un nouveau modèle de développement inspiré du mutualisme. Un mutualisme observable dans la nature. A partir d’exemples végétaux ou animaliers, Jean-Marie Pelt a démontré que la collaboration, voire l’altruisme, était d’ordre naturel, et que l’homme ferait bien de s’inspirer de ces comportements associatifs. Revendiquant sa culture chrétienne, Jean-Marie Pelt a évoqué le souvenir du savant Théodore Monot qui au crépuscule de sa vie lui confiait sa crainte de voir prochainement l’espèce humaine disparaître, et n’entrevoyait une solution que dans la promotion de l’amour, un amour prôné par toutes les religions du monde mais jamais mis en pratique à l’échelle d’un peuple.
Dans un autre registre, Jean-Marie Pelt a vanté les mérites des énergies renouvelables en particulier celles du soleil et des marées. A contrario, il a dénoncé l’entêtement français à développer le nucléaire, rappelant les tragiques accidents, dénonçant la faute morale de la transmission aux générations futures d’un héritage aussi dangereux, précisant le coût considérable des projets nucléaires et du démantèlement des installations. Il a dit le peu d’estime qu’il avait pour l’EPR et ITER, leur promettant le même sort que super Phénix. Un gâchis astronomique d’un argent qui pourrait être consacré aux énergies renouvelables, potentiellement créatrices de milliers d’emplois.
Le botaniste et pharmacien de formation a également abordé les menaces qui pèsent sur la biodiversité, s’inquiétant de la disparition des fleurs sauvages et des abeilles. Sous l’effet des pesticides et des OGM (occasion de rendre hommage au combat acharné d’Eric Séralini, notre conférencier de l’an dernier présent dans la salle ce soir), les abeilles disparaissent et avec elles la pollinisation des fruits et légumes-fruits. Face à ceux qui prendraient acte de cette disparition sans trop s’en inquiéter, Jean-Marie Pelt a défendu la nécessité vitale d’une alimentation variée et exposé les dangers d’une alimentation trop carnée. Il a rappelé le rôle des fruits et légumes, sources d’antioxydants et d’anti radicaux libres, dans la lutte contre le vieillissement cellulaire, et ainsi mit en exergue le rôle inestimable des abeilles et des petites fleurs sauvages pour notre survie.
D’aucuns vont regretter que Jean-Marie Pelt n’ait pas davantage centré sa longue intervention sur l’alimentation, étant donné le cadre de la conférence. Mais l’assistance aura pu, grâce à l’éclectisme de l’exposé et à son franc parler, apprécier le personnage et, sous sa bonhommie septuagénaire, estimer sa conviction pour la défense de l’écologie et d’une société plus juste.
Olivier Jouault