La recette d'une bonne soupe : convivialité, solidarité, éco-responsabilité, santé
Après le pain l'an dernier (ici), c'est à l'EAU qu'est consacrée la deuxième série des MOmestibles; 67 expressions langagières décryptées, et quelques surprises...
Avant de dévoiler l'intégralité de l'exposition, quelques extraits seront mis en ligne sur ce site pour vous mettre... l'EAU A LA BOUCHE !
"Tomber à l’eau" : Patatras… c’est foutu… définitivement, soit qu’on a échoué, soit que cela soit annulé. Tomber à l’eau, c’est être entrainé au fond. Noyade assurée (l’idée que l’homme pouvait flotter a longtemps été rejetée et l’art de la natation n’a été enseigné que tardivement, à l’initiative des Anglais, à partir du XVIIIe siècle). Pour celui qui tombe c’est foutu, « ça fait plouff », mais pour celui qui se jette à l’eau, au contraire, tout est possible. Décidé, confiant, il se lance dans une nouvelle entreprise, bien que risquée.
Tomber dans le lac est un faux parent. Si aujourd’hui tomber à l’eau ou dans le lac ont le même sens, à l’origine tomber dans le lacs (prononcer [la]) signifiait être pris au piège. En effet le lacs était au Moyen-âge le lacet qui, au moyen d’un nœud coulant, formait le piège à petit gibier, le collet. Bien que le terme « lacs » ne fut plus employé par la suite, la locution a survécu du fait de la similitude de prononciation avec l’étendue d’eau douce et fut assimilée à « tomber à l’eau ».
"Mettre de l'eau dans la soupe de quelqu'un" : Voilà une expression peu répandue mais que Mange ta soupe ! ne pouvait ignorer. Si l’eau est indispensable à la confection de toute soupe, en abuser ou en ajouter c’est risquer de la gâter, la rendant insipide ou froide. « Mettre de l’eau dans la soupe de quelqu’un » est donc lui jouer un tour en guise de correction, une sorte de punition, refroidir ses ardeurs à la manière d’un abondant ajout d’eau fraîche à une soupe chaude.
Soufflée comme une confidence, « je vais lui mettre de l’eau dans sa soupe », sert à consoler l’enfant qui se plaint des malheurs subis du fait d’un tiers.
Mettre de l’eau froide dans la soupe : un attentat profanatoire qu’unanimement les adhérents de Mange ta soupe ! dénoncent !
"Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse" : Ce proverbe rythmé comme un alexandrin a cours dès le XIIIe siècle, puisqu’on le retrouve dans le Roman de Renard (« Tant va pot à l’eve que brise »). La répétition des allers et retours à la fontaine aboutira un jour ou l’autre à la destruction de la cruche, objet inusable mais qui craint les chocs ; c’est affaire de probabilité. A force de s’exposer à un danger, on finit par y succomber ; en d’autres termes « Faut pas trop tirer sur la ficelle ».
Le proverbe a subi quelques variantes : « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle s’emplit » (Beaumarchais, 1732-1799, dans Le mariage de Figaro), « Tant va la cruche à l’eau, qu’enfin elle se case » (Alphonse Allais, 1854-1905), « Tant va l’autruche à l’eau qu’à la fin elle se palme » (Raymond Queneau, 1903-1976).
"Mettre de l'eau dans son vin" : Des siècles durant boire son vin pur était déraisonnable. Grecs et Romains y ajoutaient de l’eau et des épices. Leurs successeurs, en ce point Barbares, les imitèrent, coupant leur vin, souvent amer, d’une eau fraîche. Au XVIIe siècle, on mêle encore d’eau son vin, du moins en France (les Allemands le boivent alors pur). Une pratique à l’origine de la métaphore, associant modération du vin par le coupage et tempérance du caractère par une révision de ses prétentions. « Baptiser » son vin c’est finalement s’adoucir, transiger, se montrer raisonnable.
Mais le mélange doit être mesuré car à trop mettre d’eau on risque de « noyer son vin », n’obtenant finalement qu’une « eau rougie ». « L’eau gâte le vin, la charrette le chemin, le carême le corps humain » rimaient autrefois les mauvais paroissiens. Sa variante provençale, « L’eau gâte le vin, la charrette le chemin, et la femme l’homme » est moins poétique.
A suivre...
Les 67 expressions :
Avoir l’eau à la bouche
Finir en eau de boudin
Clair comme de l’eau de roche
Cela coule de source
Il y a de l’eau dans le gaz
Rester le bec dans l’eau
Tomber à l’eau
Se jeter à l’eau
Tomber dans le lac
Mettre de l'eau dans son vin
Baptiser son vin
Eau rougie
L’eau gâte le vin, la charrette le chemin, le carême le corps humain
Aller à vau l'eau
Faire une tempête dans un verre d’eau
Se noyer dans un verre
Marin d’eau douce
Donner un coup d’épée dans l’eau
Battre l’eau
Glisser comme l’eau sur les plumes d’un canard
Faire de l’eau claire
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse
Chat échaudé craint l'eau froide
Entre deux eaux
Nager en grande eau
L’eau va toujours à la rivière
Les petits ruisseaux font les grandes rivières
Porter de l'eau à la mer
Amener de l’eau à son moulin
Faire venir de l’eau au moulin
Tirer de l’eau à son moulin
Le moulin ne moud pas avec l'eau coulée en bas
De la plus belle eau
De la même eau
Compte là-dessus et bois de l’eau (fraîche)
Etre en nage
Faire de l’eau
Être en eau
Eau de gendarme
Verser, Tomber, Gâter de l’eau
Ne faire que de l’eau claire
Bien perdu ne vaut pas l’eau
On n’engraisse pas les cochons avec de l’eau claire
Pêcher en eau trouble
Eau bénite de cour
Donneur d’eau bénite
Pleurer de l’eau bénite
Paroles dîtes, plus d’eau bénite
A l’eau de rose
Tomber des hallebardes
Lancequiner
Mettre de l'eau dans la soupe de quelqu'un
Il faut se méfier de l’eau qui dort
Il n’est pire eau que celle qui dort
Se jeter à l’eau de peur de la pluie
Ne pas savoir troubler l’eau
Ne pas savoir trouver l’eau à la rivière
Ne pas avoir inventé l’eau tiède
Se noyer dans un verre d’eau
Eau à boire
Ne pas gagner l’eau qu’on boit
Revenir sur l’eau
Rompre l’eau à quelqu’un
Boire de l’eau du Léthé
Dans ces eaux-là
Etre dans les mêmes eaux
Heureux comme un poisson dans l’eau